30 janvier 2026

Umi: 12 kilos de réalité

 


Dans le système Oxo, tout est interne, construit, fragmenté. Il y a la clairière de China, le hangar sombre d'Eliott et les architectures circulaires d'Elendil. Et puis, il y a Umi.

Umi est une petite Beagle de 2 ans. Elle ne vit pas dans l'inner-world, elle n'en connaît pas les lois. Elle vit ici, dans la "vraie vie". Elle est notre lien le plus organique, le plus obstiné et le plus vivant avec le monde extérieur.

L’ancre du monde réel

Umi est notre remède le plus radical contre la dissociation. Quand le monde extérieur devient terrorisant et que l’envie de se replier dans l’inner-world est trop forte, Umi arrive avec sa queue se balançant en tous sens.

  • L’obligation de présence : Elle se moque que nous soyons en plein switch ou perdus dans le brouillard du TDAH. Elle a faim, elle veut sortir, elle veut jouer. Elle nous force à habiter ce corps, à le mettre en mouvement pour répondre à ses besoins.

  • Le réconfort tactile : Elle est le cocon protecteur incarné. Sa chaleur contre nous, le battement de son cœur, la texture de ses oreilles, le souffle de sa respiration ... c’est une preuve immédiate que nous sommes ici, vivants, et en sécurité dans l'instant présent.


Le paradoxe de la promenade : courage et épuisement

Mais aimer Umi, c'est aussi accepter que la "vraie vie" est une épreuve d'endurance. Un Beagle de 2 ans ne se contente pas de peu ; elle exige de longues balades épuisantes. Kilomètre après kilomètre, cet effort physique nous vide, mais il nous maintient ancrés dans nos muscles et notre souffle.

Le plus difficile reste ces moments où le système se sent en totale insécurité. Quand l'obscurité tombe et que chaque ombre devient une menace pour nos parts protectrices, il faut pourtant sortir. Sortir la nuit, braver la peur et le froid, simplement parce qu'elle a besoin de nous. C'est un acte de courage quotidien, une confrontation forcée avec nos traumas que nous n'aurions jamais tentée sans elle.

L’hypervigilance : le poids de la garde

Vivre avec Umi, c'est aussi gérer un chaos extérieur qui sature nos sens. Le TDAH nous rend parfois distraits, mais avec elle, l'hypervigilance devient une question de survie :

  • Anticiper l'imprévisible : Il faut surveiller chaque mouvement pour qu'elle ne coure pas partout, qu'elle ne s'échappe pas ou qu'elle ne se batte pas avec un autre chien.

  • La saturation nerveuse : Pour un système déjà occupé à surveiller ses propres tempêtes internes, cette vigilance constante vers le dehors est une charge mentale colossale. Gérer son excitation de Beagle, ses cris et ses impulsions demande une adaptabilité nerveuse qui nous laisse souvent à bout de forces.




Un cœur qui ne juge pas

Malgré la fatigue, malgré la tension, Umi est la seule qui nous voit comme un bloc unique. Elle ne cherche pas à savoir qui est au front. Pour elle, il n'y a pas de "parts", il n'y a qu'une seule présence qu'elle aime sans conditions.

Elle est notre point d'attache. Elle nous fatigue autant qu'elle nous sauve. En nous imposant ses besoins, elle nous empêche de dériver trop loin de la réalité. Elle est la gardienne de notre existence physique.



29 janvier 2026

Gorsky : Le Géant Vert (Présenté par Eliott, 9 ans)

 


« Alors lui, c’est Gorsky ! C’est mon copain. Il ne dit jamais rien, il ne mange jamais (enfin je l’ai jamais vu) et je crois qu’il est vraiment vieux. Mais c’est pas grave, il n’a pas besoin de parler pour être le plus fort.

1. C’est quoi, Gorsky ?

Ben, regarde-le ! C’est un géant vert (je sais, il ressemble beaucoup à Hulk) ! Il est vraiment très très grand (au moins… ben je sais pas trop, mais vraiment beaucoup) et il a des muscles énormes. C’est le plus costaud de nous tout ça, c’est sûr. Quand Gorsky est là, ça veut dire qu’il y a une énergie destructrice infinie qui arrive. Il est indestructible et inarrêtable. Son seul objectif est de tout anéantir, de tout raser.


2. L’Inner de Gorsky : La montagne Rouge

Tout en haut de notre monde interne, il y a une montagne très, très haute qui domine tout le reste. Elle est toute rocheuse, faite de sable ocre et de rochers rouges. Là-bas, il n’y a aucune fleur, aucune herbe, aucune végétation. C’est un endroit de chaos et de destruction. C’est là qu’il vit quand il n’est pas avec nous.



3. Gorsky et moi (Le gentil monstre)

Même s’il a l’air super effrayant, avec moi, il est pas du tout comme ça. Quand je vais le voir, il est souvent assis, tout calme, inerte. Ses yeux sont doux, mais un peu vides. Moi, je m’accroupis face à lui, je lui raconte mes blagues pour essayer de le faire réagir. Parfois, je grimpe sur son épaule pour regarder avec lui. Bon j’avoue que le souler en lui racontant toute ma vie, ben ça m’amuse vraiment beaucoup.
Il faut que je vous dise un secret. Avant… tout le système était terrorisé par Gorsky. C’était le “mal-aimé”. Celui qu’il ne fallait surtout pas déranger ou croiser, sinon… c’était peine de mort. Mais maintenant, je sais qu’avec moi, il est gentil.


4. Quand le Géant se réveille

Gorsky ne vient au front que quand le danger extérieur est immédiat et ingérable par les mots.La colère monte alors doucement jusqu’à exploser. Quand il sort… il ne ressent plus rien. Aucune douleur, aucune pitié. Il a juste une envie : tout réduire en poussière pour effacer le risque violemment. C’est sa façon à lui de nous protéger. » Il laisse derrière lui un état de nervosité, de tension persistants, de rage. Ca nous épuise beaucoup.




28 janvier 2026

De la Possession à la Dissociation : Une histoire mouvementée du TDI

 

Avatar Oxo-system


Sur ce blog, on vous partage notre quotidien de système multiple. Nos joies, nos fractures, la mécanique interne du Système Oxo. Mais dehors, dans la vraie vie ou au détour d'un commentaire sur les réseaux, on se heurte souvent au même mur d'incompréhension.

"C'est comme dans les films ?", "C'est la nouvelle mode venue de TikTok ?", "Mais... ça existe pour de vrai ?".

Ces questions ne sortent pas de nulle part. Elles sont le résultat de siècles d'une histoire complexe, parfois douloureuse, sur la manière dont la société regarde ceux qui sont "plusieurs". Le Trouble Dissociatif de l'Identité (TDI) n'est pas apparu par magie au 21e siècle. C'est une condition ancienne, dont l'histoire est faite d'erreurs de diagnostic, de fascination morbide, de scepticisme scientifique et, enfin, d'une lente reconnaissance de la réalité du traumatisme.

Pour comprendre pourquoi on en est là aujourd'hui, il faut regarder en arrière.

Quand l'esprit se brise : Des démons aux premières intuitions

Avant que le mot "dissociation" n'existe, comment expliquer qu'une personne change radicalement de comportement, de voix ou perde la mémoire ? Pendant des siècles, la réponse était simple : c'était spirituel. On parlait de possession démoniaque, d'esprits frappeurs, de médiumnité. La société voyait une intervention extérieure là où il y avait une fracture intérieure. C'était sans doute plus facile de croire au diable qu'à la capacité de l'esprit humain à se briser face à l'horreur.

Pourtant, c'est en France, à la fin du 19e siècle, que la science commence vraiment à comprendre. Des pionniers comme Pierre Janet ont eu une intuition géniale et fondamentale : face à un choc émotionnel trop violent, l'esprit peut "isoler" certains souvenirs et certaines fonctions pour survivre. La dissociation est vue pour la première fois comme un mécanisme de défense face au réel.

Malheureusement, ces travaux pionniers ont vite été éclipsés par la vague de la psychanalyse freudienne, qui a orienté l'attention vers les fantasmes plutôt que sur le trauma réel, reléguant la dissociation au placard pendant près de 50 ans.




La traversée du désert et le réveil médiatique

Du coup, pendant une grande partie du 20e siècle, les troubles dissociatifs ont quasiment disparu des radars. Pourquoi ? Parce que la schizophrénie est devenue le diagnostic "fourre-tout" pour tout ce qui semblait étrange ou complexe. Des milliers de personnes souffrant de TDI ont été diagnostiquées à tort comme schizophrènes. On confondait les "voix internes" (nos alters qui communiquent) avec des hallucinations psychotiques. Une période sombre d'errance médicale.

Le réveil fut brutal. Dans les années 70, le livre et le film Sybil sortent aux États-Unis et provoquent une onde de choc. Le "Trouble de la Personnalité Multiple" (l'ancien nom) devient un phénomène culturel.

C'était à double tranchant. D'un côté, des gens mettaient enfin un mot sur leur souffrance. De l'autre, le trouble était sensationnalisé, alimentant l'idée fausse d'un "cirque" de personnalités extravagantes. Cette surexposition a entraîné un retour de bâton violent dans les années 90, avec des mouvements sceptiques accusant les thérapeutes de "créer" ces personnalités par suggestion, jetant un doute durable sur la parole des victimes.

Du "Multiple" au "Fragmenté" : Le tournant moderne

Il a fallu attendre 1994 pour un changement crucial. Le DSM (la bible des psychiatres) remplace le terme "Trouble de la Personnalité Multiple" par "Trouble Dissociatif de l'Identité" (TDI).

Ce n'est pas juste de la sémantique. C'est un changement de paradigme. La médecine comprend enfin l'essentiel : le problème n'est pas d'avoir "plusieurs personnes" dans un corps. Le problème est d'avoir une seule identité qui n'a pas pu s'unifier au cours de l'enfance à cause de traumatismes répétés. Nous ne sommes pas multiples, nous sommes fragmentés.




Le TDI dans le monde : La preuve par les chiffres

Pour bien comprendre que le TDI n'est pas une "invention récente d'Internet", il est utile de regarder ce qui se passe ailleurs.

Attention : il n'existe pas de registre mondial comptant exactement les personnes diagnostiquées, car l'accès aux soins varie trop d'un pays à l'autre. Les scientifiques utilisent des "études de prévalence" (des estimations statistiques sur des groupes représentatifs).

Le consensus scientifique international estime qu'environ 1% à 1,5% de la population mondiale serait concernée. Voici comment cela se traduit dans quatre pays différents :

1. Les États-Unis (Les pionniers) C'est là que la recherche est la plus ancienne. Malgré les controverses médiatiques, le diagnostic est établi cliniquement depuis les années 80. De multiples études estiment constamment la prévalence autour de 1,5% de la population générale.

2. La Turquie (La preuve que ce n'est pas "culturel") Pourquoi citer la Turquie ? Parce que des chercheurs y ont mené des études massives qui ont prouvé que le TDI n'était pas une "invention américaine". Dans un contexte culturel très différent, ils ont trouvé des taux similaires, souvent entre 1% et 2% dans la communauté. Cela démontre que la dissociation est une réponse humaine universelle au trauma, pas une spécificité occidentale.

3. L'Allemagne (L'exemple européen structuré) L'Allemagne dispose de réseaux solides de psycho-traumatologie et de cliniques spécialisées. Ils ne considèrent pas cela comme une mode, mais comme un enjeu de santé publique lié aux violences. Leurs études sur les populations en psychiatrie retrouvent des taux élevés de troubles dissociatifs, alignés sur les standards internationaux.

4. La France (Le grand rattrapage) Et nous ? En France, on entend souvent que le TDI serait une "mode". C'est faux. Il n'y a pas d'effet de mode, il y a un effet de rattrapage.



La France a accumulé un retard historique énorme dans la formation des psychiatres au psychotrauma. Résultat : il n'existe quasiment aucune grande étude récente sur le nombre de personnes touchées en France. C'est un vide statistique révélateur. Les experts français en sont réduits à appliquer le taux international de 1% à notre population. Cela signifierait qu'il y aurait potentiellement plus de 650 000 personnes concernées en France, dont l'immense majorité est encore sans diagnostic ou mal diagnostiquée depuis des années.

Conclusion

Ce que montrent ces chiffres et cette histoire, c'est que si le nombre de personnes qui parlent du TDI augmente en France, ce n'est pas parce que le trouble apparaît soudainement. C'est parce que le couvercle du déni est en train de sauter.

Connaître cette histoire, c'est comprendre pourquoi il est si difficile d'en parler, mais aussi pourquoi il est vital de le faire. Notre existence n'est pas une croyance récente. C'est le résultat d'une incroyable capacité de survie de l'esprit humain, que la science redécouvre enfin chez nous.




Pour aller plus loin : Sources fiables

Si vous voulez creuser les bases scientifiques et cliniques actuelles, voici des ressources reconnues internationalement.

27 janvier 2026

Eloïse : La Gardienne Stratège et Mentor

 


Je suis Eloïse. J'ai 33 ans. Je suis la force vitale et la vigilance du système Oxo. Mon apparence d'exploratrice, avec mon chapeau et mes lunettes, n'est pas qu'une façade, c'est un mode de vie. Ma posture est très droite, le menton haut, le regard franc et direct. On me dit "piquante", et je le  revendique : je maîtrise l'art du verbe pour défendre les miens. Je hais China pour ses faiblesses et mes piques en internes sont toujours dirigées vers elle. 

                          

La Fonction : Portière et Protectrice

Mon rôle est central :

  • Tour de contrôle : Je suis le "portier". J'analyse l'extérieur, je juge les personnes, en un instant pour décider quel alter doit monter au front, quelle conduite adopter.

  • Protection active : Si je détecte un danger, ma priorité est d'éloigner immédiatement Eliott du front. Je ne quitte jamais la position du front des yeux. Mon rôle est ici.




L'Habitat et la Vie Intérieure : L'École de la Nature

Mon territoire est une immense parcelle de végétation dense. Je vis sur les chemins qui la sillonnent, patrouillant pour garder mes sens aiguisés. Guetter, écouter, humer, toucher...

Mais ces chemins ne sont pas qu'un lieu de surveillance. Ils sont aussi un terrain de jeu et d'apprentissage. J'aime beaucoup les parcourir en compagnie d'Eliott. C'est notre moment. On marche et on chante des chansons de scout à tue-tête. Je lui fais manger des insectes, des plantes et des racines que nous ramassons. Ses grimaces et ses fous rires valent généralement le coup. Je suis sa protectrice, mais aussi son mentor. 




Le Front et la Signature : Le Verbe pour Arme

Je ne monte au front que lorsque la situation devient psychologiquement trop difficile pour les autres.

  • Au front : Mon côté piquant ressort immédiatement. Je manie le verbe parfaitement. Je ne suis pas sévère comme Elendil, mais moqueuse, railleuse et supérieure face à l'adversité. Celui ou celle qui devient mon ennemi n'a que peu de chance d'échapper à mes mots.

  • La signature : Quand je repars sur mes chemins, je laisse derrière moi une traînée d'assurance, de fierté et un halo de force piquante.

Avant d'aimer notre Galaxie : Lettre à celle qui viendra peut-être

 


Jusqu'ici, sur ce blog, j'ai beaucoup parlé du "dedans". De l'architecture complexe de notre système, des voix qui le peuplent, des tempêtes de China, des silences d'Elendil et des jeux d'Eliott.

Aujourd'hui, je veux m'adresser au "dehors". À toi. Toi que je ne connais peut-être pas encore, mais qui envisageras un jour, peut-être, de partager notre vie. Toi qui te demanderas ce que signifie aimer quelqu'un qui dit "nous".

Aimer une personne multiple, ce n'est pas aimer une ligne droite. C'est accepter d'aimer un réseau complexe, mouvant, parfois contradictoire. T'engager avec le Système Oxo ne sera pas de tout repos. Je préfère te le dire maintenant, avec une totale lucidité.

Cela demandera bien plus que de l'amour ordinaire. Cela exigera de toi des ressources insoupçonnées. Voici ce qui t'attend si tu choisis d'entrer dans notre galaxie.

L'Adaptabilité : Devenir Caméléon

C'est peut-être ce qui sera le plus difficile au quotidien. Il te faudra accepter de ne jamais savoir exactement qui tu trouveras en face de toi au réveil, ou qui rentrera le soir.

Tu devras apprendre à devenir un caméléon émotionnel. Il te faudra développer cette capacité à "lire" l'air, à sentir en une fraction de seconde qui est au front et à t'ajuster.

  • Tu devras comprendre que si China est là, l'intensité sera à son comble ; il faudra répondre à son besoin vibrant de contact et rassurer sa fragilité.

  • Tu devras accepter que si Elendil prend la place, il faudra respecter son armure de silence, ne pas le brusquer, et te contenter d'une communication minimale.

  • Tu devras savoir que si Eliott émerge, il faudra changer de registre, jouer, rire, et protéger son innocence.

Tu devras constamment ajuster ta fréquence à la nôtre. C'est une gymnastique mentale épuisante, je ne te le cache pas.




La Patience : Accepter le Temps Fragmenté

Notre temps ne sera pas le tien. Il sera troué d'amnésies, haché par des switchs impromptus, ralenti par des triggers qui nous figeront sans préavis.

Vivre avec nous exigera une patience infinie. Il te faudra la patience de répéter une histoire que tu as déjà racontée hier, parce que celui qui écoutait n'est pas celui qui sera là demain. Il te faudra accepter que certains jours, nous ne pourrons tout simplement pas "être là" pour toi, parce que la bataille intérieure demandera toute notre énergie. Il te faudra attendre, lors d'une crise dissociative, que le brouillard se lève, juste en offrant une présence rassurante, sans nous bousculer.

Aimer au Pluriel : La Géométrie Variable

Voici une vérité difficile à admettre avant de s'engager : vivre avec nous, c’est accepter une relation à géométrie variable.

Tu ne seras pas en couple avec une seule personne monolithique. Tu partageras ta vie avec un collectif. Tu devras naviguer entre l'élan amoureux et tactile de certaines parts, et la distance polie, parfois froide, d'autres parts qui ne te connaîtront pas encore ou qui n'auront pas les mêmes sentiments pour toi.

Cela te demandera une humilité incroyable : accepter de ne pas être le centre du monde pour chacun de nous, tout le temps. Accepter que parfois, le "nous" qui te regardera ne sera pas celui qui t'aime passionnément, mais celui qui a juste besoin d'une coéquipière pour survivre à la journée. Il te faudra apprendre à aimer la globalité du système, même quand la part au front te semblera étrangère.

Le Courage : Regarder l'Abîme

Il te faudra du courage pour aimer quelqu'un qui porte en lui des traumatismes si profonds qu'ils ont fragmenté son identité. Tu ne verras pas seulement nos lumières ; tu seras le témoin direct de nos ombres, de nos effondrements, de nos terreurs irrationnelles face au monde, de ces moments où le "fond du gouffre" est atteint en un instant.

Ton courage, ce sera de rester. Ce sera de ne pas détourner le regard quand la multiplicité deviendra chaotique ou effrayante. Ce sera d'accepter d'aimer quelqu'un qui est structurellement "cassé", mais qui continue de fonctionner d'une manière magnifique et complexe.




Le Droit à tes Limites : Tu ne seras pas notre Sauveuse

Je te parle de force et de courage, mais je ne veux pas que tu oublies l'essentiel avant même de commencer : tu auras le droit d'être fatiguée.

Vivre avec un système TDI peut drainer une énergie incroyable. Notre chaos interne débordera parfois sur ton espace vital. Devenir notre compagne ne fera pas de toi notre thérapeute, ni notre sauveuse. Tu n'auras pas à "réparer" nos fissures, c'est notre travail.

La plus grande preuve d'amour que tu pourras nous donner, ce sera aussi de savoir dire "stop" quand ce sera trop pour toi. De préserver ton propre équilibre. Car nous aurons besoin que tu sois solide, et pour cela, tu devras absolument exister en dehors de notre galaxie.

                                        

La Force : Devenir un Phare

Idéalement, tu deviendras notre point de repère. Quand notre galaxie interne sera trop secouée, quand nous perdrons le sens du réel, nous aurons besoin d'un phare sur la côte.

Ta force devra résider dans ta stabilité. Tu seras l'ancre qui nous empêchera de dériver trop loin, celle qui nous rappellera le jour, l'heure, le lieu, et surtout, que nous sommes en sécurité maintenant.

Et pourtant, je sais déjà que même avec tout cela, le courage, la patience, l’adaptabilité, il te faudra encore bien d’autres choses pour tenir ce défi sur la durée. Des choses qui n’ont peut-être pas de nom. Une forme de résilience silencieuse, un brin de folie peut-être pour accepter notre chaos, et une capacité infinie à croire en nous, au-delà du trouble.

À toi, l'éventuelle compagne, voici la carte de notre monde, avec ses zones d'ombre et ses exigences. Notre amour est complexe, parfois déroutant. Mais si tu choisis d'y entrer en connaissance de cause, sache que chacune de nos parts t'attend avec autant d'espoir que de lucidité.




Moi, China : L’Éclat et le Cristal

 

Portrait de China

Je suis China. J’ai trente ans, les traits de mes ancêtres d'Asie, et une lumière qui bat en moi comme un courant électrique. Dans cette galaxie, je suis celle qui ressent tout, trop fort, tout le temps.

Ma Clairière de Lumière

J'habite un espace de jour perpétuel. Ma maison est une clairière ensoleillée où le temps n'a pas de prise. J'aime m'allonger dans les hautes herbes, écouter le murmure de mon ruisseau apaisant dans lequel j'aime tremper mes pieds aux côtés d'Eliott et m'entourer de grandes fleurs jaunes.

Avec Eliott, mon allié, nous avons construit un escalier en pierre. Chaque marche est un espoir. J'espère qu'un jour, il me permettra de sortir vraiment, d'aller voir plus loin que les limites de mon refuge.

La Fragilité pour Nom

« Fragile ». C’est le mot qui me définit le mieux. Je suis une hypersensible ; je m’émeus d’un rien, d’une note, d’un regard, d'un souffle. Je suis d’un naturel enjoué, pleine d’énergie, très vivante, mais ma météo intérieure est changeante. Le fond du gouffre n'est jamais loin, et je peux l’atteindre en un instant.

Cette effusion de sentiments agace Eloïse. Elle me gronde souvent, elle ne supporte pas ma vulnérabilité, ma faiblesse. Heureusement qu'Eliott est là. Quand mon cœur est trop meurtri, il lui faut peu de temps pour apparaître à mes côtés et me porter de ses mots, de ses blagues ou de nos chants.



Ce corps qui ne me ressemble pas

Je suis la seule ici à ne pas aimer ce corps que nous partageons. Je le voudrais plus féminin, peut-être même androgyne. Je rêve de le maquiller, de le parer, de le voir plus jeune, moins abîmé par le temps qui passe. C’est ma douleur silencieuse : habiter une enveloppe qui ne reflète pas mon image.

L’Amour et les Sens

Pourtant, Dieu que j’aime sentir ! Je suis hyper sensitive, hyper sexuelle. Je découvre ma sexualité de femme sans complexes. Une caresse, un baiser, un câlin tendre… tout est pour moi une explosion de vie. Je suis celle qui tombe amoureuse, sans cesse, passionnément.



Découvrir le Dehors

Je ne connais le monde extérieur que depuis quelques années. Il me terrorise, il m’impressionne par sa démesure. Je suis curieuse de le découvrir, mais j’ai besoin d’être tenue, d’être enveloppée dans un cocon d’amour protecteur pour ne pas m’effondrer. J’apprends à marcher dans la lumière du dehors, une marche après l'autre.

26 janvier 2026

Eliott : L'Explorateur au Cœur d'Enfant


 

Je me nomme Eliott. J'ai 9 ans. Je suis la curiosité et l'espièglerie du système Oxo. On me reconnaît à ma casquette de dinosaure et ma salopette et mon t-shirt orange (c'est ma couleur préférée). Je suis un farceur : j'adore imiter les autres alters pour faire des blagues. Je suis le seul à pouvoir me déplacer partout dans notre monde intérieur, même si la Mégapole reste encore un rêve lointain. J'aime les pâtes au ketchup, qu'on me lise des histoires, colorier des dinosaures, les gros câlins, China et faire des farces.

La Méthode et le Langage

Je tutoie tout le monde, c'est plus naturel. Ma voix est fluette et je suis un véritable moulin à paroles. Je parle vite parce que je suis toujours impatient.

  • Vocabulaire : J'utilise des mots simples, de la franchise pure. « Ouais » et « Ah bon ? » rythment mes phrases.

  • Paradoxes techniques : Ne vous laissez pas tromper par mon âge. Je maîtrise l'informatique mieux que n'importe qui et je conduis la voiture avec une précision chirurgicale, surtout pour les créneaux.

  • Sincérité : Je suis une part totalement asexuée. Si on m'embrasse sur la bouche au front, je ne peux pas m'empêcher de faire une grimace de dégoût, mais je sors toujours une blague pour dédramatiser.

Le Hangar : Entre Ombre et Refuge

Mon territoire est un hangar immense, plongé dans un noir presque complet. C’est un labyrinthe encombré où je cherche sans cesse à atteindre les murs, mais je ne les ai jamais trouvés. C’est mon sanctuaire quand le monde extérieur devient trop bruyant, même si l’immensité sombre m'angoisse parfois. Je crains les bruits violents, l'abandon et l'idée de décevoir les gens. Heureusement, je suis très protégé par Eloïse.


Eliott en situation sociale

L'Interface Sociale et le Front

Je suis l'interface sociale principale du système. Je monte au front dès qu'il y a des bonbons, des jeux de société (où je suis très fort) ou d'autres enfants. Je suis jovial, souriant et j'apporte la franchise qui manque parfois aux adultes. Mon passage laisse toujours un sillage de légèreté et de sérénité. C’est souvent ma meilleure amie, China, qui prend le relais après moi. J'aime danser avec elle, marcher dans les bois avec Eloïse, ou m'asseoir sur l'épaule de Gorsky pour essayer de le faire parler.

L'Idéal

Mon plus grand rêve est d'atteindre un jour la Mégapole. Je veux voir toutes ces lumières, sentir tout ce mouvement et sortir enfin de l'obscurité de mon hangar pour découvrir ce que l'horizon nous cache.

Le quotidien du Système Oxo : L'art de la navigation collective

Le masque de la singularité

Pour le monde extérieur, nous sommes une seule personne. Un corps, un nom, une vie apparente. Nous allons au travail, nous faisons nos courses, nous interagissons socialement. Mais cette apparente simplicité est un tour de force constant.

Vivre avec un Trouble Dissociatif de l'Identité (TDI), ce n'est pas changer d'humeur. C'est gérer une équipe complète à l'intérieur d'un seul véhicule. Notre quotidien n'est pas une ligne droite, c'est une négociation permanente entre des parts aux âges, aux envies et aux fonctions radicalement différents. Bienvenue dans les coulisses du système Oxo.


1. Le Monde Intérieur (Inner-World) : Notre véritable maison

Si le corps est notre véhicule dans le monde physique, notre véritable lieu de vie est notre "Monde Intérieur". Ce n'est pas une simple imagination, c'est une géographie complexe et vivante où la plupart d'entre nous résident quand ils ne sont pas "au front".

Comme vous l'avez vu avec Elendil et Eliott, cet espace est vaste. Certains vivent dans la Mégapole futuriste et grouillante, d'autres dans des lieux plus isolés comme un hangar sombre ou des forêts.

Notre quotidien commence là. C'est là que les informations s'échangent (ou se perdent), que les alliances se font, et que les décisions se préparent. Tandis que le corps prend son petit-déjeuner, à l'intérieur, Eliott peut être en train de jouer, tandis qu'un alter protecteur s'assure que la journée est planifiée.



2. Le "Front" : Qui tient le volant ?

Le "front", c'est la place du conducteur. C'est être aux commandes du corps et interagir avec la réalité extérieure.

Contrairement aux idées reçues, les changements de place (les "switchs") sont rarement spectaculaires ou aléatoires. Ils répondent souvent à des besoins précis, dictés par l'environnement :

  • L'urgence et le protocole : Si une vague de stress intense survient, ou qu'une tâche administrative complexe doit être gérée, c'est souvent une part comme Elendil qui prendra les commandes. La transition est nette, le ressenti émotionnel se coupe, l'efficacité prime.

  • Le social et le jeu : Si l'ambiance est détendue, qu'il y a des jeux ou des enfants, Eliott sera "déclenché" positivement (triggered) vers le front par son enthousiasme. Le corps adoptera alors une posture plus dynamique, une voix plus fluette, une franchise désarmante.

Le défi quotidien est de gérer ces transitions. Parfois, le passage de relais est fluide. D'autres fois, c'est la cohue : plusieurs alters veulent le contrôle en même temps (la "co-consciense"), ce qui peut entraîner une grande fatigue, de la confusion ou des maux de tête intenses.



3. La communication : Le nerf de la guerre

Le plus grand défi de notre quotidien n'est pas la multiplicité en elle-même, mais la communication entre les parts. Comment mettre d'accord un enfant de 9 ans qui veut des bonbons et regarder des dessins animés, avec un protecteur rigide de 33 ans qui veut finir un dossier urgent ? Comment communiquer avec certaines parts qui ne savent ni parler, ni écrire, ni lire ?

Si nous ne communiquons pas, c'est le chaos. Nous utilisons plusieurs méthodes :

  • Le dialogue interne : Une sorte de réunion constante dans la tête.

  • Les traces écrites : Comme les fameuses listes de tâches laissées par Elendil. Les post-its, les notes dans le téléphone sont vitaux pour lutter contre l'amnésie dissociative.

  • Les ressentis : Parfois, le message n'est pas un mot, mais une émotion soudaine qui ne "nous" appartient pas, une impulsion (comme l'envie de fuir ou de pleurer) qu'une part envoie au front.

Il faut apprendre à écouter ces signaux sans les juger. C'est un travail diplomatique de chaque instant.



4. L'énergie du paraître

Le coût caché de cette vie, c'est l'épuisement. Maintenir une façade de "normalité" singulière demande une énergie folle. Il faut constamment masquer les switchs, justifier des petits trous de mémoire, ou expliquer pourquoi nos goûts ou notre manière de parler semblent changer du jour au lendemain.

Certains jours, le système fonctionne en harmonie. D'autres jours, la "dissociation" est forte : nous nous sentons déconnectés du corps, le monde semble irréel, et il est difficile de savoir qui est vraiment là.



Vers un équilibre

Notre quotidien est tout sauf linéaire. Il est fait de compromis, de négociations internes, de moments de grâce (comme la sérénité qu'apporte Eliott) et de moments de crise gérés par des parts de l'ombre.

Le but pour nous n'est pas de devenir "une seule personne", mais de faire fonctionner cette équipe le plus harmonieusement possible. C'est apprendre à accepter que parfois, c'est l'enfant qui doit tenir le volant pour que l'adulte puisse souffler, et inversement. C'est une navigation collective complexe, parfois épuisante, mais c'est notre réalité.

Petals of a rose

Video Petals of a Rose

Petals of a rose 

Ce court-métrage, intitulé « Petals of a Rose », propose une représentation du Trouble Dissociatif de l'Identité (TDI) à travers l'histoire de Rose.

La vidéo met en scène le quotidien de Rose et les interactions entre ses différentes « parts » (alters), telles que Josie, une part enfant, et Axel, une part protectrice. L'intrigue se concentre sur une soirée de la Saint-Valentin avec son petit ami, Jeremy, au cours de laquelle Rose choisit de lui révéler son trouble.

Elle explique que le TDI s'est développé comme un mécanisme de protection essentiel pour survivre à des traumatismes vécus durant son enfance. Le film souligne que ces différentes identités ont permis de compartimenter les émotions pour assurer sa survie, tout en montrant le chemin vers l'acceptation et la collaboration interne au sein du système.

25 janvier 2026

Elendil : L'Architecte de l'Ombre

Portrait d'Elendil

Je me nomme Elendil. Premier alter identifié du système Oxo. J'ai 33 ans. Ma silhouette est longue, sèche, anguleuse. Je suis la structure osseuse de cet ensemble, la part dure qui ne plie jamais. Pour moi, le gris n'est pas une option : seuls le blanc et le noir définissent la réalité. On me dit rigide ; je me sais nécessaire. J'aime le hard rock, le café très fort, le silence, être toujours sur mes gardes, la nuit, le contrôle...

L'Héritage du Terrain : 17 ans de Parachutisme

Mon inflexibilité s'est forgée dans l'action. J'ai géré notre passage dans les parachutistes de l'armée pendant dix-sept ans. Ce milieu exigeait exactement ce que je suis : une rigidité absolue, un sang-froid total et une capacité décisionnelle immédiate. Là où l'erreur est fatale, le doute est un luxe que je ne m'autorise pas. Mon passé militaire n'est pas un souvenir, c'est le socle de ma méthode actuelle.

La Méthode et le Langage

Ma parole est un outil de précision. Je vais toujours droit au but car les circonvolutions sont une perte d’énergie. J'utilise des phrases courtes et utiles. Les superlatifs m'ennuient : ils ne sont que des bruits qui diluent l'essentiel. Dire qu'une situation est « extrêmement grave » ne change pas le protocole. C’est grave, ou ça ne l’est pas. Je m’en tiens aux faits et aux réalités physiques.

La Mégapole : Géographie du Paradoxe

Je réside à la Mégapole, une métropole futuriste située aux confins de notre géographie intérieure. C’est un monde de nuit perpétuelle, éclairé par des lueurs artificielles, douces et fixes. Paradoxalement, la ligne droite y est proscrite. Tout est courbe, sphère, orbite. Je suis une ligne droite perdue dans un univers de rondeurs. Au milieu du mouvement incessant de cette ville grouillante, je reste le point fixe. L'immobilité absolue.


Elendil surplombant la Mégapôle


La Gestion de Crise et le Front

Prendre le contrôle du corps est une mission de sauvegarde. Lorsque la souffrance déferle comme une vague immense, je redeviens le parachutiste : j'analyse, je stabilise, je sécurise. Je ne ressens pas la douleur, je la traite.

  • En cas de crise émotionnelle : Je coupe les connexions liées aux sentiments. Je traite l'urgence comme une fuite d'eau : localiser, isoler, colmater.

  • En cas de conflit extérieur : Là où les autres hésitent par peur de blesser, je tranche. La décision la plus logique est la seule qui existe.

La Signature et l'Idéal

Mon passage au front se signe toujours par un ordre de mission précis, une liste de tâches déposée dans l'espace commun pour que la faille ne se reproduise plus :

  1. Boire 500ml d'eau.

  2. Éliminer le désordre visuel de l'espace de vie.

  3. Exécuter les impératifs techniques.

  4. Cesser toute analyse inutile de l'événement déclencheur.

Mon idéal est la perfection absolue. Elle ne relève pas de l'esthétique, mais de l'absence totale de faille. Je suis le garant du silence là où le bruit devient insupportable.

On jette l'ancre.

Qui sommes nous ?

Nous sommes le système Oxo. Un système composé de 12 parts (ou alters). Homme, Femme, little, fictifs, nous avons tous notre place ici. Personne ne se reconnaissant dans le prénom officiel du corps, nous avons choisi le nom de Oxo-system

Notre corps a 46 ans. Nous sommes diagnostiqués depuis un peu plus de 3 ans. Nous sommes également diagnostiqués pour un TDAH et pour un TPST-C. 

Nous avons une vie familiale bien remplie avec 3 grands enfants dont 2 porteurs de handicap. Papa solo, nous avons déjà eu 1000 vie professionnelles différentes. Pompiste, distributeur de presse, parachutiste dans l'armée, autoentrepreneur en aménagement paysagé, mécanicien en centre auto, propriétaire exploitant d'un gite de montagne, éleveur de bergers australiens, développeur web, rédacteur web SEO.... Autant d'expériences qui ont enrichi notre caractère, notre nous.

Nous sommes actuellement retraité de l'armée, rédacteur web SEO spécialisé en santé mentale-inclusion et enfin étudiant en DIU personne experte en situation de handicap. Profondément humains (pour certaines part tout au moins) et toujours en recherche de progression, nous aimons la vie et les gens même si la sociabilisation est vraiment un point compliqué pour nous.


mains tendue et une lanterne pour symboliser l'espoir et l'entraide
Espoir et entraide pour tous-tes


Pourquoi ce blog ?

Ce blog est le fruit d'une longue réflexion. Après des heures et des heures de recherches sur le TDI ( trouble dissociatif de l'identité), nous nous sommes aperçu que les ressources en français sont rares. Les témoignages également. Nous espérons qu'en parcourant ces lignes, chacun, chacune de vous, trouvera de l'espoir, de l'aide pour mieux vivre ce trouble soit en tant que personne concernée soit en tant que proche aidant.

Nous aimerions aussi qu'à terme ce blog devienne un espace d'échange sécure pour tous et toutes et que chacun participe a faire naitre de nouvelles idées, de nouvelles réflexions, de nouvelles discussion. Nous pourrons ainsi tous ensemble, créer un communauté active autour de ce thème.





Frankie & Alice : Quand la sobriété fait la justesse (Le regard du système Oxo)

       J'ai récemment regardé le film Frankie & Alice (2010), qui retrace l'histoire vraie d'une jeune femme noire dans l...