S'il y a une épreuve qui met à nu toutes nos fragilités, c'est bien celle de "faire les courses". Ce qui est une simple corvée pour les autres devient pour nous une traversée épuisante, un acte de haute voltige où chaque rayon peut devenir un déclencheur de crise.
1. La saturation sensorielle (L'enfer du dehors)
Le supermarché est l'ennemi juré de notre hypersensibilité. Les néons agressifs, le brouhaha des conversations, le bip incessant des caisses et la musique de fond créent un mur de bruit qui sature nos sens instantanément. Sous cette agression, China se rétracte. Le monde devient trop fort, trop brillant. La dissociation s'installe comme un mécanisme de défense pour nous anesthésier face à ce surplus d'informations.
2. Le chaos logistique du TDAH
Même avec la meilleure volonté du monde, notre cerveau neuro-atypique sabote souvent l'opération avant même qu'elle ne commence.
Le départ à vide : Combien de fois sommes-nous arrivés devant le magasin pour réaliser que le portefeuille est resté sur la console de l'entrée ?
Le trou noir du code : Arriver à la caisse et voir son code de carte bleue s'effacer totalement de la mémoire. Ce n'est pas un simple oubli, c'est une page blanche brutale qui génère une honte immédiate sous le regard des autres clients qui attendent.
La voiture perdue : Sortir du magasin et ne plus avoir la moindre idée de l'endroit où la voiture est garée. Errer sur le parking, chargé de sacs, en essayant de retrouver un repère dans une réalité qui semble avoir glissé
3. Les switches dans le chariot
Le plus déroutant reste la fluctuation de nos besoins selon qui est au front. On se retrouve à la caisse avec des articles qu'on ne se souvient pas avoir choisis. Eliott a peut-être glissé des céréales colorées, tandis qu'Elendil, cherchant la structure, a pris des produits fonctionnels. Cette amnésie partielle est un rappel constant de notre fragmentation : "je" ne contrôle pas tout ce qui finit dans ce caddie.
4. Le point de rupture : L'abandon
La file d'attente à la caisse est souvent le stade ultime de l'ingérable. C'est l'endroit où l'on est coincé, compressé entre les gens, exposé au bruit. Quand la panique monte trop haut, quand le système crie "danger", il n'y a plus d'autre issue que la fuite. On lâche tout. On abandonne le caddie plein au milieu d'un rayon et on sort du magasin le plus vite possible.
Cet abandon est suivi d'une culpabilité immense. On s'en veut pour le travail des employés, pour le temps perdu, pour cette impression de ne pas savoir "être un adulte normal". Mais à ce moment-là, c'est une question de survie psychique.
5. L'urgence du cocon
Faire les courses n'est pas une quête de nourriture, c'est une mission de survie. On rentre se mettre à l'abri dans notre cocon protecteur, là où Umi nous attend. Elle, elle ne juge pas le caddie vide ou le code oublié. Elle nous ramène simplement à la terre ferme, loin des néons et du jugement.

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